| Pelequèn CHILI, la prochaine compagnie SUISSE |
|
|
|
| Mercredi, 01 Avril 2009 00:00 | |
|
En février 2006, Douglas Barahona et Véronique Stofer qui se rendent régulièrement au Chili pour voir leur famille prennent des contacts avec les pompiers du lieu et leurs amènent 120 kg d'habits de sapeurs-pompiers. Ces habits ont été récupérés parmi mes collègues au SIS des Montagnes neuchâteloises.
Le 19 novembre 2006 c'est à mon tour de partir. Après plusieurs mois de recherche de matériel sapeur-pompier dans ma région, parmi mes collègues et en Suisse Romande, je me retrouve à l'aéroport avec un billet d'avion dans la poche, destination Santiago du Chili. Mon beau-frère Douglas fait parti du voyage. Heureusement, il parle parfaitement le Castillan alors que je ne connais que 5 mots d'Espagnol. 160 kg de matériel ont déjà été envoyés par la poste et nous savons qu'ils attendent d'être déballés dans la caserne de Pelequèn. Nous transportons quand même 60 kg de matos et nous sommes habillés de tenues que nous allons offrir aux pompiers.
Après 15 heures de vol, nous atterrissons lundi matin à Santiago. Un véhicule nous attend et nous permet de nous déplacer à Pelequèn qui se situe à 120 km au sud de Santiago. Arrivant dans le village de 2000 habitants, Douglas me propose d'aller saluer 2 pompiers à leur domicile. Le village est construit entre l'autoroute Transaméricaine et la ligne de chemin de fer qui se rend au sud. Alors qu'il fait beau et chaud (25 degrés), nous nous enfilons dans une petite rue bordée de cabanes ou cahutes selon la vision du Suisse que je suis. Douglas ouvre la fenêtre de la voiture et interpelle une femme pour lui demander ou habite Lucero. Elle nous indique avec un grand sourire sa maison. Une maisonnette encastrée en bois avec un toit de tôle ondulé de 50 mètres carré. Lucero est là, devant son habitation. Il nous salue très chaleureusement comme tous les Chiliens vont le faire lors de ce périple. Il nous invite à entrer à l'intérieur de la bâtisse. Sa famille, femme, belle-mère et trois enfants se trouvent à l'intérieur. Je lui offre une casquette et trois maquettes de camion que j'ai acheté en Suisse. Lors du dernier voyage, il avait offert à ma sœur trois camions de sa collection personnelle pour qu'elle me les donne pour ma collection. Il est ravi et m'offre à nouveau 2 véhicules.
Deux rues plus loin, nous allons voir Alexandro qui est lieutenant dans la compagnie de Pelequèn. Il habite dans une même maison que Lucero avec sa femme et ses deux enfants. Devant chez lui, la même chaleur, les mêmes embrassades et accolades. La boisson gazéifiée américaine nous est offerte avec soit un "empanadas" (spécialité Chilienne) ou alors, dans le cas de chez Alexandro, un gâteau de Noël. Dehors c'est l'été, il fait chaud mais dans un mois c'est aussi Noël. Nous avons amené à Alexandro un casque de style américain que nous trouvons dans toutes les caves de Suisse. Il est ravi et nous offre une casquette chilienne. C'est lui notre contact par internet. Nous repartons de chez lui en passant devant la caserne qui se trouve dans la rue principale. Obligatoirement, nous nous arrêtons. Les gens qui se trouvent dans la caserne nous accueillent chaleureusement. Nous apercevons nos cartons dans un coin de la caserne. Trois hommes sont en train de démonter le moteur de leur tonne. En effet, un injecteur doit être remplacé. Rendez-vous est pris pour le lendemain soir pour la distribution du matériel.
Mardi : Nous nous rendons à San Fernando à 10 km au sud de Pelequèn pour faire des courses. Dans cette ville, comme par hasard, nous croisons une ambulance de la 2ème compagnie de San-Fernando. Plus tard, nous apercevons l'ambulance arrêtée au bord de la route et naturellement, sans se forcer, nous entamons la conversation avec ces deux pompiers ambulanciers. Rapidement, c'est environ une dizaine de personnes qui nous rejoignent ainsi que le tonne-pompe de cette compagnie. Ils rentrent d'une intervention à l'extérieur de la ville pour un accident de car. Les véhicules sont parqués sur la rue puisque des travaux sont effectués sur la rue devant la caserne. Nous apprenons qu'ils sont tous volontaires. Comme chaque pompier au Chili, ils doivent payer une cotisation mensuelle pour être pompier et ne reçoivent aucune solde pour les interventions ou la pose en caserne. De plus, ils doivent acheter leurs habits. Un casque coûte environ 150.- CHF alors qu'une veste feu coûte 200.- CHF.. Il y a deux chauffeurs engagés par la ville temporairement pour conduirent les véhicules lors des interventions. Ils sont chauffeurs de taxi et abandonnent leur taxi lors d'une intervention. La nuit, ils dorment dans leur taxi, devant la caserne. Ils sont habillés en civil parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'acheter des habits. Juste un gilet rouge que la ville leur a donné puisqu'ils sont chauffeurs.
Nous visitons la caserne et découvrons qu'il s'agit d'une caserne soutenue par nos collègues espagnols. Les habits sont espagnols. La décoration est espagnole et même le roi Juan Carlos est sur un mur. La compagnie s'appelle Chili-Espana. Les pompiers nous invitent à venir passer la nuit prochaine en caserne et de dormir dans leurs locaux. Nous acceptons. Mardi soir, nous nous rendons à la caserne de Pelequèn pour la remise du matériel. Nous décidons de nous habiller en pompier. Arrivés à la caserne et après avoir effectué 25 accolades et embrassades, nous allons dans le garage qui a été vidé de ces véhicules et ou des tables ont été installées.
Lors de cette soirée, un match de football important se passe au Mexique pour la coupe sud américaine avec une équipe chilienne « Colo –Colo ». Lors des grands matchs de football, les pompiers organisent des soirées télé ou toute la population vient voir le match dans la caserne. C'est pour cela que nous sommes installés dans le garage et non pas dans la salle de réunion. 2 goals ont été marqués par le Chili lors de ce match. 2 séismes à chaque goal dans la caserne suite aux cris des supporters.
Retour dans notre garage ou nous avons déballé le matériel et expliqué à quoi servent les sceaux pompes inconnus au Chili. Je démontre la rapidité à mettre des habits feu Suisse posé sur les bottes et montre les salopettes de travail. Des explications sont données également sur tout le petit matériel que nous avons amené et nous montrons les articles parus dans les journaux suisses sur les Pompiers de Pelequèn. Soudain, le directeur nous arrête. De la place est faite au centre de la salle pour permettre au groupe folklorique arrivé de s'installer. Il commence par des danses chiliennes en mon honneur et en l'honneur de tous les donateurs Suisse. A la fin de ce spectacle, on me donne une corne de mouton rempli d'une boisson typiquement chilienne et Douglas m'explique discrètement à l'oreille que je dois lever cette corne et dire Salud aux personnes présentent dans cette salle. Je m'exécute et ressens en moi une forte amitié provenant de ces collègues pompiers. La suite de la soirée : nous visionnons des DVD que j'ai amené et prenons le repas. Il s'agit d'énormes tranches de viande à manger et quand vous avez fini la première, la deuxième se trouve déjà dans votre assiette. Ensuite il faut planquer votre assiette pour être sur de ne pas devoir en manger une troisième. Rendez-vous est pris pour mercredi soir pour un exercice où nous allons présenter le matériel apporté. Mais pour nous la soirée n'est pas terminée. En effet nous sommes attendu à San-Fernando par les pompiers que nous avons rencontré le matin même.
Mercredi : 0100 heure du matin. Nous arrivons à San-Fernando. Les pompiers nous attendent devant leur caserne. Ils nous installent dans des chambres individuelles où nous pourrons dormir mais avant nous présentons notre caserne Suisse, visionnons notre DVD et discutons des techniques et méthodes des pompiers suisses. Ces pompiers volontaires passent une nuit sur 4 à la caserne pour assurer l'intervention, naturellement sans être payé. A 0730 heures nous quittons la caserne sans avoir effectué une intervention. Nous partons puisque tous ces pompiers quittent les locaux pour aller travailler. Lors d'une alarme la journée, c'est la sirène se trouvant sur la caserne qui rappelle les volontaires. Alors que nous quittons la caserne, nous croisons les deux employés de la ville qui viennent déplacer les véhicules qui se trouvent parqués pour la nuit dans une station de lavage à 50 mètres de la caserne pour les mettre sur la rue contiguë. Lors de ce croisement, je me déshabille pour leur donner tous les habits de pompiers que je porte. Cette fois ils sont vraiment des pompiers ! Ils sont heureux. Ca doit-être la première fois qu'ils ont un uniforme sur le corps. Quelle joie pour moi de voir ces deux collègues rayonnants !
Mercredi soir : Arrivés en caserne, nous nous équipons au moyen de tout le matériel que nous avons amené. Les Chiliens aussi s'équipent des habits suisses. Le personnel est aligné et le capitaine désigne le personnel par véhicule. La sirène se trouvant sur la caserne qui sert à alarmer les pompiers lors d'intervention est mise en fonction pour l'exercice. Nous embarquons dans les véhicules et toutes sirènes hurlantes nous nous déplaçons au nord de la ville. Tout le village est au bord de la route pour nous voir passer. Sur le site de l'exercice, un feu est allumé. Des flammes de 4 mètres sont visibles. Les pompiers déroulent les tuyaux pour effectuer l'extinction. Nous leur demandons d'arrêter l'intervention puisque nous voulons leur montrer trois choses. Nous sortons le rideau d'eau que nous avons apporté et expliquons son utilité. Le rideau est mis sous pression. Les Chiliens sont contents de voir ce nouveau moyen de protection. Nous démontrons ensuite les sceaux-pompes. Trois sceaux sont sortis et nous démontrons les différentes lances. Ensuite nous engageons 6 pompiers avec les trois engins et trois fois 15 litres d'eau. Deux jets pleins et un jet diffus. Après 2 minutes, le feu est presque éteint. Les collègues chiliens sont heureux. Alors qu'au moyen de leurs deux lances et de quelques milliers de litres d'eau ils auraient pu éteindre ce feu, ils l'ont éteint avec 45 litres. Je démontre ensuite l'avantage des tuyaux roulés doubles. Chaque sapeur roule un tuyau double. Ensuite je croche 3 tuyaux ensemble non déroulés, un pompier est mis à la lance et se déplace rapidement en direction du feu lorsque je lui en donne l'ordre. Les Chiliens essayent ensuite à plusieurs reprises cette technique. Nous rentrons en caserne pour faire un rapide tour de l'exercice et apporter des améliorations, par exemple les gants. En effet, des paires de gants ont été amenés. A notre grande surprise, des pompiers n'avaient pas de gants. Les gants étaient restés tout simplement dans le véhicule par manque d'habitude. A Pelequèn, aucun pompier n'avait de gants avant notre passage.
Un deuxième exercice est organisé en caserne. Je leur demande de sortir un blessé d'une voiture sachant qu'ils interviennent sur la transaméricain pour la désincarcération et la sortie du blessé en attendant l'arrivée de l'ambulance venant de l'hôpital de Rengo à 8 Km. Il me font une démonstration extraordinaire avec peu de moyen, mais un exemple pour nous qui avons de nombreux moyens. En effet, avec une planche de sauvetage et un cale-tête, ils ont réussi cette sortie du véhicule merveilleusement. Lors de la critique, j'ai uniquement applaudi pour leur transmettre ma satisfaction et mon émotion. Quand je leur parle de gilet KED ou de civière à aube, ils connaissent mais n'ont pas les moyens de s'en acheter.
Jeudi : Journée touristique. Nous nous rendons à Valparaiso au bord du pacifique. Nous avons quand même visité une caserne au centre de Valparaiso. 250 mille habitants dans cette ville qui a vécu sa gloire avant la construction du canal de Panama. 14 casernes de pompiersvolontaires. Même fonctionnement que dans le reste du Chili. La journée, c'est la sirène qui se trouve sur le toit de la caserne qui rappelle les pompiers. La nuit, quelques pompiers viennent dormir dans la caserne sans être payé. Nous visitons une caserne qui est soutenue par nos voisins les sapeurs-pompiers allemands. Les vestes feu sont allemandes avec l'indication dans le dos « Feuerwehr ». Un des camion a l'inscription Feuerwehr stadt Valparaiso. Deux pompiers se trouvant là par hasard nous font visiter les lieux. 4 véhicules se trouvent dans les garages mais pas de camions échelle. Ma question est : Avez-vous des camions échelle pour une ville de 250000 habitants qui compte des bâtiments de plus de 10 étages. On me répond oui, 3 seulement. Un des véhicules se trouvant dans cette caserne est un vieux véhicule servant a transporter le chef principal des pompiers lors des cérémonies. 2 tonne-pompe et un camion pionnier désincarcération.
Vendredi soir : Nous avions convenu avec les pompiers de Pelequèn de passer le soir pour leur dire au revoir puisque samedi après-midi nous rentrons en Suisse. Arrivés à la caserne, nous saluons les pompiers et leurs familles qui passent à la caserne pour dire bonjour et commencent de parler de choses et d'autres. A un moment, le directeur (commandant) nous demande d'aller à la salle de réunion ou nous sommes attendus. Nous montons les escaliers sans savoir ce qu'il va se passer et découvrons les 12 cadets alignés au garde à vous qui nous attendent. Quelle émotion de voir ces enfants d'environ 12 ans devant nous ! A ce moment, Douglas commence à expliquer le SIS des Montagnes neuchâteloises. Une femme sapeur-pompière l'interrompt. Messieurs, ils sont encore au garde à vous ! Douglas leur donne le repos et leur demande de s'asseoir. Un exposé est donné, suivi de plein de questions. A la fin, chaque petit pompier est venu nous serrer la main. Quel bonheur ! La soirée n'est pas finie. Boissons et « empanadas » suivi encore et encore de questions sur le pourquoi du comment, etc.…
Samedi : Nous quittons les nombreux amis pompiers du Chili avec une certaine émotion. Nous n'avons qu'une envie: les aider encore avec l'envoi de matériel, avec la venue en suisse d'un ou deux pompiers de Pelequèn, avec l'organisation d'un conteneur déjà en 2007. Trouver également un voir plusieurs véhicules pour envoyer la-bas. Pour leur part ils vont faire les démarches pour appeler leur compagnie SUIZA, « Suisse ».
Merci encore à tous ceux qui nous ont donné du matériel. Plus particulièrement le SIS des Montagnes neuchâteloises et tous mes collègues, les pompiers des Brenets, Les pompiers du SDIS Denens-Lully-Lussy/VD et la protection civile des Montagnes neuchâteloises.
Vous pouvez nous donner du matériel que vous n'utilisez plus, qui se trouve dans le grenier de votre caserne ou au fond de votre garage. Voici notre adresse e-mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. . Si quelqu'un aurait un ancien véhicule, plus particulièrement un Tonne-pompe pas plus vieux que les années 80, il peut aussi nous contacter.
Si vous désirez faire un don pour payer le transport du matériel sachant que 1 conteneur depuis Rotterdam payé au Chili nous coûte 1500$us. Voici le numéro du compte : Banque Raiffeisen des Montagnes neuchâteloises, no 116817.21, Mention Chili.
D'octobre 2005 à octobre 2006, nos amis de Pelequèn ont effectués 193 interventions avec un effectif de 35 hommes et femmes, dont 26 actifs.
Laurent Stofer
|



